L'expansion de l'énergie nucléaire a connu un important ralentissement pendant la dernière décennie du XXe siècle. De nombreux pays ont pris la décision de se désengager progressivement du nucléaire électrique. Aujourd'hui, la donne s'est modifiée et continue à se retourner. Réchauffement climatique et épuisement des ressources fossiles instaurent un "New Deal". La vie de nombreuses centrales est prolongée. Les programmes de désengagement sont revus. De nouveaux projets d'investissements et de "New Build" se concrétisent partout dans le monde.
Effet Tchernobyl
Après l'essor considérable des années 70 et 80, les investissements dans les centrales nucléaires de production d'électricité ont connu un net recul. Dans un premier temps, le ralentissement s'est expliqué par des capacités installées suffisantes. Ensuite, après 1986 et l'accident de Tchernobyl, le courant antinucléaire s'est accru. Il a rencontré un écho certain dans la population. Sous la pression, les projets de nouvelles centrales nucléaires ont été abandonnés un peu partout dans le monde. Seules les constructions en cours se sont poursuivies.
New Deal
Dès les premières années du XXIe siècle, une "New Deal" (une "nouvelle donne") est progressivement apparue. Il est devenu de plus en plus évident que la consommation effrénée de combustibles fossiles épuisait les réserves. De plus, elle était à la base de la problématique, devenue alarmante, de l'effet de serre et de ses conséquences climatiques. Il faut réorienter les politiques énergétiques. Le nucléaire - au même titre que l'économie de l'énergie et les sources d'énergie renouvelables - est un des leviers permettant de répondre à ces nouveaux défis et de sortir d'une économie exclusivement axée sur le carbone.
New Build
La reprise s'est d'abord manifestée dans les pays d'Europe centrale et de l'Est ainsi qu'en Asie. A l'Est européen, des chantiers avaient été interrompus. La construction de ces centrales a été reprise et poursuivie. Les standards occidentaux en matière de technologie et de sûreté y sont désormais appliqués. Des centrales nouvelles sont en construction dans les pays asiatiques. La demande d'électricité y est croissante et les Etats ne veulent pas dépendre massivement du charbon. La Russie a suivi ce mouvement. Ensuite, cette logique de "New Build" s'est étendue aux Etats-Unis et, actuellement, s'impose également à l'Europe. Sur le Vieux Continent, de nombreux pays ont fait marche arrière par rapport à des politiques de retrait du nucléaire jugées aujourd'hui impraticables.
Prolongation de vie
Parallèlement, il est apparu que, en toute sûreté, un nombre important de centrales construites il y a quarante ans pouvaient poursuivre leur exploitation. Aux USA, mais aussi dans certains pays d'Europe, des mécanismes de sûreté ont été mis en place pour permettre la prolongation sans risque. Celle-ci nécessite le plus souvent des investissements de grande envergure. Les décisions relèvent donc autant de facteurs économiques que de sûreté.
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Actuellement, la capacité nucléaire de production d'électricité s'élève dans le monde à 370 GW. Une cinquantaine de réacteurs sont en construction et plus de 130 autres sont commandés ou planifiés. Il s'agit de faire face à la demande croissante d'électricité, tout en réduisant la place du carbone dans l'énergie. Les prévisions laissent penser que, d'ici à 2060, cette capacité devrait quasiment être triplée pour tourner autour de 1100 GW. Pour la fin du siècle, certaines projections futuristes annoncent une capacité de production de 11000 GW.
Couvrant actuellement 30 % de la consommation électrique, le nucléaire occupe une place importante dans le paysage énergétique européen. De plus en plus de pays décident de préserver ou de conforter cette position. Une dizaine de décisions fermes d'investissement dans de nouvelles unités (dont quelques chantiers en cours) et une vingtaine de projets avancés ne laissent aucun doute : l'Europe est entrée dans une période de "New Build" nucléaire.
Faut-il arrêter une centrale nucléaire après un nombre d'années précis, quarante ans par exemple ? C'est ce que veulent certains. D'autres répondent qu'une telle option radicale n'a pas de sens. Pour eux, tant que les conditions de sûreté sont assurées, contrôlées et certifiées par une autorité indépendante, on devrait pouvoir poursuivre l'exploitation. Un peu comme une voiture peut continuer à circuler si elle passe le contrôle technique avec succès. C'est en tout cas la pratique qui est de mise aux Etats-Unis.
Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que la durée d'exploitation des centrales est prolongée. Cette tendance concerne l'Europe aussi. La Belgique a récemment décidé de prolonger de dix ans ses trois plus anciens réacteurs. Les Pays-Bas, l'Espagne, la Hongrie et la Suisse ont également pris des décisions similaires.
Le Gouvernement belge a pris la décision de principe de prolonger de dix années la durée d'exploitation des unités nucléaires de Tihange 1, Doel 1 et Doel 2. Autrement dit, ces centrales seront opérationnelles au-delà de 2015, jusqu'en 2025. Il ne s'agit pas d'un 'blanc-seing'. D'ici là, l'exploitant nucléaire va mener un travail de fond sous le contrôle de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN).


















